Le cygne et l’oie

Une autre petite histoire d’Organismes Gentiment Modifiés selon Jean-Louis Fournier (cf note : les OGM vus de façon « gentille ») : le cygne et l’oie

– « sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes, le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes ». Ce n’est pas sur moi que Sully Prudhomme écrirait d’aussi belles choses, soupire l’oie en refermant son livre de poésie.
– Normal, dit le cygne c’est un poète.
– Et alors ?
– Alors les poètes ne s’intéressent qu’à ce qui est beau.
– J’aimerais qu’on parle de moi dans les livres.
– Ecoute, dit le cygne.
Il ouvre un gros livre et lit : « Introduire dans l’oie les pommes de reinette et coupées en quartiers, recoudre et faire rôtir ».
– Arrête, tu es cruel. Je sais bien que je n’intéresse que les cuisiniers, pas les poètes. Je voudrais être dans les livres de poèsie.
– Pour ça, il faudrait d’abord maigrir. On ne fait pas de poème sur les grosses. Tu manges trop…
-Tu crois que c’est pour mon plaisir ? Je suis obligée, l’homme me gave.
– Il faut te révolter.
– Facile à dire.
-Ou alors tu te fais modifier génétiquement, tu demandes qu’on te mette des gènes de cygne. Et seulement après, tu envoies ta photo à Sully Prudhomme.

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